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17 Avr 2008 

Une femme avait un fils, Amesmar, et une fille, Tamesmart. Ils étaient très pauvres et ne mangeaient pas souvent à leur faim. Amesmar dit un jour à sa sœur : « Allons au palais voler le roi ! » Ils s'en furent au palais, percèrent un trou dans la chambre du trésor et volèrent tout l'or qu'ils purent emporter. Ils y retournèrent quelques jours plus tard et ainsi ils purent se faire bâtir une belle maison, acheter des bestiaux et vivre parfaitement heureux.
Un jour que le roi avait besoin d'argent, il descendit dans la chambre du trésor et s'aperçut du vol. Le lendemain, il déclara au conseil, en présence des ministres et des courtisans, qu'on était venu piller le trésor : « Je donnerai ma fille à qui arrêtera le voleur, leur annonça-t-il. Je lui bâtirai en outre un château et le comblerai de tant de richesses qu'il vivra heureux sa vie durant avec ses enfants ! » II ne se trouva personne pour appréhender le voleur.

Un vieux marchand vint au palais, se prosterna devant le roi et dit :

« Je peux t'indiquer le moyen de le prendre.

Comment ? questionna le roi.Mets l'épaisseur d'une coudée de poix au fond de deux jarres de la hauteur d'un homme, puis change le trésor de place, le voleur ne le trouvant pas pensera qu'il est sans doute dans ces jarres ; alors il descendra dedans, s'engluera dans la poix et sera pris.

- Rentre chez toi, dit le roi, en attendant que j'éprouve ta ruse ! »

Le roi fit donc mettre deux jarres dans la chambre du trésor, versa au fond de chacune d'elles l'épaisseur d'une coudée de poix, sortit et ferma la porte à clef.

À peu de temps de là, Amesmar suggéra à sa sœur : « Si nous retournions voler le roi ? » Ils s'introduisirent dans la chambre du trésor comme ils l'avaient déjà fait et ne trouvèrent plus l'argent à la même place, mais virent les deux jarres debout contre le mur.

« Je pense, dit le garçon, que le trésor doit s'y trouver.

  Aide-moi à descendre, dit Tamesmart, je verrai ce qu'il en est. »

Amesmar la fit descendre dans la jarre et la lâcha quand elle fut sur le point d'en toucher le fond.

« Retire-moi ! Je ne sais dans quoi je suis tombée, mes pieds sont enfoncés jusqu'aux genoux ! »

Elle lui tendit les mains et il s'efforça de la tirer de là, mais en vain.

« Me voici fort embarrassé, ma sœur. Si je te laisse, demain quand on viendra on t'interrogera et l'on saura où me prendre ; des gendarmes m'arrêteront et nous aurons la tête coupée tous les deux. Il vaut mieux que ce soit moi qui te coupe la tête, sans doute ainsi sauverai-je la mienne ! »

II lui coupa la tête et l'emporta afin que le roi ne puisse identifier le cadavre.

Le lendemain, quand le roi entra dans la chambre du trésor, il trouva un cadavre sans tête, enfoncé dans la jarre. Il l'en fit sortir et ordonna de ['étendre face à l'endroit où il tenait audience :

« Qui identifiera ce cadavre ? demanda-t-il aux gens assemblés.

- Seigneur, firent-ils tous à la fois, personne ne saurait reconnaître un corps qui n'a plus de tête!

Alors qu'on l'emporte hors de la ville et qu'on  l'expose  au  milieu  du  chemin.   Ses parents  viendront  pleurer  sur  lui,  vous arrêterez et m'amènerez ceux que vous trouverez, homme ou femme. »

Pendant ce temps, Amesmar avait raconté à sa mère le grand malheur qui les frappait, et il lui remit la tête de sa sœur. La mère pleura tout le jour et toute la nuit, puis elle dit : « II faut que tu m'emmènes près de son corps ! » Amesmar hésitait à l'y conduire. Il craignait qu'elle ne pût taire ses larmes et que, en la voyant pleurer, on les arrêtât tous les deux. Il songea donc à user de ruse. Il se rendit au marché, y fit l'acquisition d'une mule rétive, de marmites et de cruches, mit les ustensiles dans un filet, et chargea le filet sur la mule. Puis il prit la direction de la ville, suivi de sa mère. Parvenu près du cadavre, il excita la mule qui se mit à ruer tant et si bien que le filet tomba et qu'il se fit un grand fracas de marmites et de cruches. La mère se pencha alors sur la dépouille de sa fille, poussa ses lamentations. Les gardiens, qui croyaient qu'elle pleurait sur le sort de ses ustensiles, la laissèrent tranquille. Puis, exténuée par les pleurs, la malheureuse mère s'en revint consolée au logis.

Peu après, elle dit à son fils : « II faudrait maintenant trouver le moyen de leur dérober le corps de ta sœur ! » Or, le cadavre était gardé jour et nuit par les veilleurs du roi. Comment faire ? Amesmar réunit un troupeau de chèvres, attacha deux bougies à leurs cornes et les poussa sur le chemin qui menait à la ville. Non loin du cadavre de sa sœur, il alluma les bougies et le troupeau illuminé s'avança dans la nuit. A ce spectacle, les veilleurs apeurés s'enfuirent à toutes jambes, chacun de son côté. Amesmar put alors recueillir le cadavre de sa sœur, et le ramener à sa mère : « Voici le corps de ta fille ! » lui dit-il. Et au matin, ils l'enterrèrent. Une autre nuit, Amesmar eut l'idée de s'introduire au palais et de parvenir près du roi, afin de le punir d'être à l'origine de la mort de sa sœur. Il en fut empêché par une première porte, mais il l'arracha ; il arracha aussi la deuxième, puis la troisième, et parvint près du souverain qui dormait. Il se lança sur lui, l'assomma de horions, lui assénant pour finir un coup derrière l'oreille qui le fit s'évanouir. Son forfait accompli, Amesmar regagna son logis. À la pointe du jour, le roi reprit connaissance, mais il dut garder la chambre toute la journée et ne se rendit à la salle d'audience que le lendemain. Il dit aux ministres et aux notables qui l'entouraient : « Convoquez mon peuple à une assemblée générale ! »

On expédia des crieurs dans tous les marchés. Amesmar connut ainsi les intentions du monarque. Il troqua ses beaux habits contre des loques et s'en fut s'asseoir à la mosquée. A la foule réunie, le roi annonça : « À celui qui devinera ce qu'il m'est arrivé avant-hier à mon dîner, je donnerai ma fille en mariage, je lui bâtirai en outre un palais et je le comblerai de tant de richesses qu'ils pourront vivre heureux, lui, ses enfants et ses petits-enfants ! » Personne ne donna la réponse que le roi attendait.

« Ne reste-t-il plus personne à entendre ? demanda le roi.

- Seigneur, tout le monde a parlé, sauf un malheureux qui s'est réfugié à la mosquée où il se chauffe près du feu tant il est mal vêtu !

« Faites-le venir ! »

Les soldats allèrent le chercher. Le roi lui posa l'énigme.

Je ne parlerai, Seigneur, que si tu me fais grâce devant Dieu !D'avance, c'est accordé, il te sera tout pardonné. Parle !C'est moi, Seigneur,  qui ai arraché les trois portes  de  ton  palais  et qui  me  suis introduit dans le pavillon où tu dormais ; c'est moi qui t'ai frappé et asséné derrière l'oreille le dernier coup qui t'a fait perdre connaissance ! »Le roi fut bien obligé de tenir sa promesse. À Amesmar, il donna sa fille ; il lui fit bâtir un château et le couvrit d'or. Amesmar n'oublia pas sa mère, il l'installa dans le château que le roi lui avait donné. Une grande noce fut célébrée.
27 Jan 2008 


Uroi avait une femme qu'il préférait à toutes les autres. Un jour qu'elle se teignait les mains avec de la pâte de henné, elle s'aperçut qu'elle en avait trop mis et que ses mains étaient devenues toutes noires. Alors, de crainte que le roi ne la punisse pour son étourderie, elle lui dit : « Le noir est préférable au blanc. » « Tiens, pensa le roi, qui était très jaloux, c'est une manière de me dire qu'elle préfère mon esclave. » II tua l'esclave, le mit dans une caisse qu'il cacha sous son lit. Le soir, il prit la caisse, la hissa sur le dos de la femme, puis il prit une corde et lui en administra cinquante coups. Et, à chaque coup, il disait : « Qui préfères-tu ? Moi ou ce qui est au-dessus de toi ? » Et elle, songeant à Dieu, disait : « Tu m'es très cher, ô mon maître, mais Celui qui est au-dessus de moi m'est plus cher encore. » Alors, croyant qu'elle parlait de l'esclave, il redoublait la violence de ses coups.



Dans la ville de ce roi cruel vivait une femme qui n'avait jamais eu d'enfant. Elle supplia Dieu de lui en donner un, et Dieu envoya un ange qui lui dit : « Tu auras un fils, mais tu ne lui laisseras jamais manger de raisin, car s'il en mangeait, il mourrait aussitôt, son âme étant dans un grain de raisin. » L'enfant grandit, devint savant. Un jour, ses amis étudiants demandèrent à la mère : « Laisse ton fils venir avec nous s'égayer dans un jardin. » « Jamais, dit la mère ; il y mangerait du raisin et mourrait, son âme étant dans un grain de raisin. » Mais son fils insista tant qu'elle céda et le jeune homme partit avec ses amis. Quand ils furent au jardin, on leur porta un plateau chargé de toutes sortes de fruits dont d'appétissantes grappes de raisin. Le jeune homme refusa tout d'abord d'y toucher : « Cela m'est défendu, je mourrais si je mangeais car mon âme est dans ce fruit. » Ses amis se moquèrent de lui. Alors vexé, il mangea un grain de raisin et mourut aussitôt. Ses compagnons pleurèrent beaucoup, puis ils prirent son turban, y firent trois nœuds, y enveloppèrent le corps et le rapportèrent à sa mère. Celle-ci, folle de douleur, prit le turban, s'en fit une ceinture et enterra son fils. Ensuite, elle partit à la recherche d'un être qui n'eût aucun souci et dont le cœur fût sans haine, pour lui faire dénouer les nœuds, ce qui était la tradition afin que son enfant repose en paix.



Elle parcourut tout le pays, mais ne rencontra personne qui eût le cœur assez pur pour dénouer les nœuds.



Un jour, elle croisa une vieille femme qui lui dit : « Va chez notre roi. Seule sa femme préférée est capable de dénouer les nœuds. » Elle alla donc chez le roi et fut introduite auprès de la reine, à qui elle raconta sa triste vie : « Seule une femme heureuse et sans haine peut dénouer les nœuds de ce tutban et c'est pour cela que je suis près de toi. » « Tu crois donc, pauvre femme, que je suis heureuse parce que je suis reine ? Cache-toi derrière ce rideau et juges-en par toi-même », dit la reine. Le soir venu, le roi pénétra dans les appartements de la reine et ils dînèrent fort gaiement, puis, quand tous les esclaves furent partis, le roi fit déshabiller la reine, lui posa le coffre sur les épaules et lui dit : « Qui préfères-tu ? Moi ou ce qui est au-dessus de toi ? » Et, comme les autres fois, elle répondit : « Tu m'es très cher, ô mon maître, mais Celui qui est au-dessus de moi m'est plus cher encore. » Et les coups redoublèrent. Enfin le roi partit et la reine se tourna vers la femme qui était sortie de sa cachette : « Voilà mon bonheur depuis un an. » Alors la mère, en pleurs, lui dit : « Quand demain le roi te posera la question, réponds-lui : "Je préfère le roi, fils d'Amelknani", et elle ajouta : « Tu peux quand même défaire les nœuds du turban car je sais que ton cœur est sans haine. » Et elle s'en alla.



Le lendemain soir, lorsque le roi lui posa la terrible question, la reine fit la réponse conseillée. Aussitôt le roi s'arrêta de la battre, il enleva la caisse de dessus son dos et s'en alla seul, dans ses appartements, réfléchir à cette réponse. Puis il fit enfin enterrer l'esclave et partit en voyage avec son armée à la recherche de ce mystérieux roi, fils d'Amelknani. Après avoir marché longtemps, longtemps, il arriva en vue d'une ville toute noire. Les remparts étaient peints en noir ; les rues et les maisons également. Le roi arrêta toute sa troupe devant les murailles. Le muezzin qui était monté dans le minaret pour crier la prière, en voyant cette armée, au lieu d'appeler les fidèles cria : « C'est une troupe innombrable ! » Le roi, qui était le fils d'Amelknani, voulut savoir pourquoi la prière n'avait pas été dite et lorsqu'il fut mis au courant, il envoya chercher le roi étranger à qui il demanda : « ô roi, qui es-tu, pourquoi es-tu arrêté devant ma ville avec ton armée ? » Alors le roi raconta toute son histoire.« Quoi ! lui dit le roi, fils d'Amelknani, mais ta femme n'a commis aucun crime. Pourquoi la tourmentes-tu ainsi ? Écoute plutôt ce que m'a fait la mienne.



« J'étais à peine marié depuis un an quand je m'aperçus que chaque soir, ma femme me faisait boire une boisson pour m'endormir et, quittant notre palais, elle ne revenait que le lendemain. Un jour que je racontais à un vieux devin mon infortune, il me dit : "Ce soir, quand elle te présentera le verre, refuse de le boire et dis-lui : "Bois la première, cette fois-ci." Elle boira et, à ton tour, tu verras ce qu'il y a lieu de faire.



« Le soir venu, je lui fis boire la boisson et elle tomba endormie. Je m'affublai de ses vêtements, me couvris de ses voiles et quittai mon palais par les terrasses. Enfin j'arrivai à un endroit où se tenait un jeune marchand qui disait : "Mais que fait-elle, elle est bien en retard aujourd'hui ? J'espère qu'elle aura bien fait boire le somnifère à son mari." Je compris à ces mots qu'il était celui que ma femme allait rejoindre tous les soirs et, fou de jalousie, je fis voler sa tête d'un coup de sabre, la mis dans un coffre et retournai à mon palais.



« Le lendemain, quand ma femme fut réveillée, je lui offris le coffre. Elle l'ouvrit et tomba morte en reconnaissant la tête qui s'y trouvait.



« Alors, je fis peindre en noir les murailles de mon palais et de ma ville et ordonnai à tous mes sujets de peindre en noir les murs de leur maison, tant j'avais de chagrin d'avoir perdu ma femme que j'aimais malgré sa trahison.



« Voilà mon histoire. Retourne donc chez ta femme et offre-lui de ma part ce collier de perles que tu mettras à son cou, avant d'avoir dit une parole, car tu lui dois beaucoup d'excuses pour ta conduite. »



Le roi s'en retourna chez lui, à la tête de son armée. À peine arrivé, il attacha au cou de sa femme, sans dire un mot, le collier de perles. Aussitôt la reine se transforma en tourterelle et, s'envolant à tire-d'aile, elle traversa tous les pays, arriva chez le roi, fils d'Amelknani, et se posa sur ses genoux. En la caressant, le roi trouva sous ses doigts le collier de perles ; il l'enleva et la tourterelle, recou­vrant sa forme humaine, lui apparut plus belle que le jour. Il l'épousa aussitôt. Quant au mari méchant et injuste, il en perdit la raison.



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24 Déc 2007 
 
II était une fois un vieillard âgé de plus de cent ans, qui avait une connaissance surprenante en toutes choses et qu'on appelait Aref ou Aqel, « celui qui sait et qui comprend ».Un jour, ce vieux déclara à ses fils : « II faut que vous me portiez au marché et que vous me vendiez aux enchères, et je serai pour vous d'un grand profit. »Les fils commencèrent par refuser, mais le vieux insista tant et tant qu'ils acceptèrent. Ils le mirent dans un grand panier et allèrent le vendre. Ce fut le roi qui l'acheta, et à partir de ce jour, il ne fit plus rien sans le consulter. Le vieillard prédisait toujours la vérité que tous ignoraient.Un jour, on offrit au roi un pot de miel. Le roi le porta au vieillard et lui demanda :« Que penses-tu de ce miel ? N'est-il pas le meilleur des miels ?- Certes, répondit le vieux, son goût est exquis, il a une belle couleur, mais les abeilles qui l'ont fait ont butiné dans un cimetière. »Et la chose fut reconnue exacte. Alors le roi fit donner au vieillard un pain et un peu de viande rôtie pour le récompenser.Une autre fois, alors que le roi avait reçu une splendide jument, il la présenta au vieillard, lui disant :« Qu'as-tu à dire sur cette merveilleuse bête ?- C'est, en effet, un animal de grand prix, mais elle est l'unique petit d'une vieille jument qui l'a eu à son retour d'âge. »Le roi envoya chercher le maître de la jument, qui dut avouer que le vieillard avait dit la vérité. Le roi lui fit donner aussitôt un pain et un peu de viande rôtie pour le récompenser.Enfin, le roi voulant épouser une jeune fille réputée pour sa beauté et sa vertu, il désira avoir le sentiment du vieillard. Il lui amena sa promise. Celui qui sait et qui comprend, après l'avoir bien regardée fit cette réponse : « Certes, cette jeune fille est d'une grande beauté, et tu ne pouvais mieux choisir. Mais sa mère, au temps de sa jeunesse, n'a pas eu une vie honorable. »Le roi entra dans une grande colère et menaça le vieillard : « Si tu as menti, je te ferai tuer par mon bourreau. »Mais le vieillard avait dit vrai et le roi lui envoya encore un pain et un peu de viande rôtie. Les fils du vieillard vinrent voir leur père pour se plaindre : « Nous allons te reprendre à la maison, ce roi est trop avare, qui ne sait te donner comme récompense qu'un pain et de la viande rôtie.»Le père dit alors à ses fils : « Un homme ne donne que ce qu'il peut donner. Mais que peut donner le fils d'une boulangère et d'un rôtisseur de moutons, si ce n'est du pain et de la viande rôtie ? »Le roi, qui avait entendu, se rendit aussitôt chez sa mère : « II faut qu'à l'instant tu m'apprennes de qui je suis le fils ! » lui ordonna-t-il. Et la pauvre femme, toute tremblante, lui avoua : « Tu n'es pas notre fils. Nous ne pouvions pas avoir d'enfants. Mais comme le roi, mon époux, avait décidé de me chasser si je ne lui donnais pas d'héritier, j'ai simulé une grossesse et, au jour de la délivrance, j'ai présenté, comme mien, le fils de ma boulangère et de ton vrai père, rôtisseur de moutons. »Alors le roi donna au vieillard une grosse somme d'argent et de somptueux cadeaux et lui enjoignit ainsi qu'à ses fils de quitter le pays afin que l'histoire demeurât secrète.
fin

05 Déc 2007 

Un homme et sa femme vivaient si pauvrement que les gens du douar refusèrent un jour de les associer à leur partage de viande. L'homme s'en montra fort irrité. « Ne t'en fais pas, lui dit sa femme en le voyant soucieux. Va donc au marché et achètes-y quelques bêtes avec l'argent dont tu m'as dotée le jour de notre mariage ! »

II arriva au marché à la pointe du jour, y acheta des brebis et, les poussant devant lui, reprit le chemin du retour. À l'heure de la canicule, les brebis, accablées par la chaleur, s'arrêtèrent et entrecroisèrent leurs têtes pour se faire un peu d'ombre. Notre homme perdit alors tout espoir de les remettre en marche.

Il était là tout pensif, quand un berger vint à passer avec un petit troupeau de chèvres. Il l'appela : « Holà ! hé ! change donc tes chèvres contre mes brebis ! » « Bien volontiers ! » répondit le berger. Et l'homme simple s'en fut avec ses quelques chèvres. Il parvint à un endroit couvert d'arbres ; il voulut alors regrouper ses bêtes, mais voilà qu'elles se dispersèrent et se mirent à grimper sur les arbres pour en brouter les feuilles. Il tenta vainement de les en chasser et, ne pouvant rien contre elles, il se mit à pleurer. Un homme vint à passer avec un bœuf. Il l'appela : « Hé ! l'homme au bœuf, échange ta bête contre mes chèvres ! » « Bien volontiers ! » dit l'homme en lui donnant son bœuf. Il prit le bœuf et se remit en route. Il cheminait ainsi quand un taon piqua le bœuf ; la bête affolée s'enfuit aussitôt à toute vitesse. L'homme simple partit à sa poursuite en hurlant, quand un homme coiffé d'un tarbouche vint à passer. Il l'appela : « Holà ! l'homme à la calotte, prends ce bœuf et donne-moi ton tarbouche ! » « Bien volontiers ! » L'homme simple prit le tarbouche, s'en coiffa et se remit en route. Bientôt, alors qu'il arrivait près d'un puits, il eut soif; et, en se penchant pour boire, laissa tomber son tarbouche dans le puits. 11 se mit alors à pleurer en pensant à ce que sa femme allait lui dire.

Il en était là, quand des marchands conduisant des moutons et des bœufs vinrent à passer et lui demandèrent ce qu'il avait. Il leur conta ses aventures.

« Et maintenant, lui dirent-ils, si tu regagnes ta tente, ta femme t'arrachera les poils de la barbe. Ne vaut-il pas mieux pour toi que tu viennes avec nous et que tu nous serves de berger ?

- Ah non ! Je retourne chez moi et ma femme ne me dira rien, car elle ne manque ni de sagesse ni de bon sens.

- Peuh ! mon cher, toutes les femmes se valent, ce sont des drôlesses !

— Oh non ! Aurais-je fait quelque plus grosse sottise encore qu'elle me pardonnerait.

— Ecoute, nous allons t'accompagner ; quand nous serons près de ta tente, tu appelleras ta femme et lui raconteras ton  histoire  pendant  que  nous  nous tiendrons cachés. Si, alors, elle ne te fait aucun reproche, nous jurons devant Dieu de te donner nos troupeaux. Mais si elle te cherche noise, tu viendras avec nous et tu nous serviras de berger ! »

Arrivés au douar, ces gens se cachèrent derrière les tentes tandis que l'homme simple appelait sa femme : « Holà ! hé ! me voici ! Je suis allé au marché et j'ai acheté des brebis.

Ô notre joie ! Maintenant nous allons devenir des gens de condition, nous nous rassasierons de lait !Oui, si elles m'étaient restées ! C'est que je les ai échangées contre des chèvres !0 mon amour, que tu m'es cher de nous apporter leur lait et leurs poils dont nous tisserons notre tente !

- Oui, si elles m'étaient restées ! Voilà, c'est que je les ai échangées contre un bœuf !

Quel homme tu es ! Que Dieu te protège pour nous avoir amené une bête qui va nous permettre de labourer !Oui, si elle m'était restée ! C'est que je l'ai échangée contre un tarbouche  -   Quel bonheur Dieu nous envoie, dit-elle en poussant des cris de joie, je crains pour toi les envieux. Le tarbouche mais seuls en portent les gens du palais !-   Oui ! s'il m'était resté, mais il est tombé dans le puits !

— Viens, entre dans ta tente, ô mon chéri, Dieu ne nous a jamais autant favorisés que ce jour. Si la calotte est partie, la tête est restée. »

Les marchands s'émerveillèrent des propos qu'ils venaient d'entendre, ils sortirent de leur cachette, se présentèrent à la femme et dirent à l'homme simple : « Emporte notre troupeau ; tu nous as vaincus. Par Dieu, nous savons maintenant qu'il peut y avoir autant de bien que de mal dans la tête des femmes ! »

Fin


28 Nov 2007 

Le barbier resta désemparé jusqu'au jour où l'étranger revint le voir :

« Où est ta femme ? lui demanda-t-il.

Elle est partie, enlevée par l'hôte à qui j'avais donné l'hospitalité !Ne t'avais-je pas recommandé de n'accueillir jamais personne la nuit ! »

Et il se demanda comment aider le barbier à retrouver sa femme. Il s'en fut à la ville acheter le bric-à-brac du colporteur et deux calottes de marchand. Il en coiffa une et donna l'autre au barbier, et, ainsi attifés en marchands ambulants, ils se mirent à battre tout le pays en appelant « Ô Ayyour ! Ô Itri ! » (c'étaient les noms familiers, Lune et Etoile, que les époux se donnaient entre eux). Les deux amis parvinrent dans la ville où l'épouse était prisonnière. Ils allaient ainsi de porte en porte en criant « Ô Lune ! Ô Étoile ! » quand la belle reconnut son mari et son ami. Au maître du logis, ils demandèrent l'hospitalité :

« Jamais, leur dit-il, n'entre chez moi l'hôte de Dieu pour y passer la nuit !

  Mais tu n'as rien à craindre des pauvres marchands que nous sommes ! »

II les fit entrer dans la pièce qui sert de couloir et d'écurie et ils y dormirent jusqu'à l'aube. À cette heure matinale, l'homme se leva et s'en fut prier à la mosquée. Les faux mar­chands appelèrent alors la femme et sans s'attarder s'enfuirent avec elle.

De retour chez lui, l'homme trouva la mai­son vide. Il enfourcha un cheval et se mit à la poursuite de ses ravis­seurs. Regardant derrière elle, la femme l'aperçut : « II nous suit ! s'écria-t-elle.

  Continuez votre route, dit l'étranger, ne m'attendez pas, je vous rejoindrai plus loin ! »

II s'arrêta, tira son rasoir et se taillada la tête, le visage et les mains. Quand le cavalier arriva à sa hauteur, il le trouva couvert de sang et geignant :

« Des hommes emmenant une femme ne sont pas passés par ici ? lui demanda-t-il.

  Dieu ! ce sont eux qui m'ont mis dans cet état ! Fais-moi monter derrière toi ; nous les rejoindrons et je me vengerai du mal qu'ils m'ont fait ! »

L'homme le prit en croupe et, tout en chevauchant, l'étranger lui trancha la gorge d'un coup de rasoir et le jeta à terre. Puis il rejoignit ses compagnons, et tous ensemble ils rentrèrent chez le barbier. Il demeura chez son ami dix jours, peut-être plus, puis il prit congé.

Une année s'écoula. Un jour, il se dit : « Par Dieu, il faut que j'éprouve l'amitié du barbier pour qui j'ai simulé l'Ange de la Mort et fait le marchand ambulant. Sera-t-il aussi dévoué pour moi que je l'ai été pour lui ? » 11 s'en fut lui rendre visite et passa la nuit en sa compagnie. Le matin, au moment de partir il lui dit : « Ami ! Je suis malade et mon remède, au dire des gens, c'est le foie du fils d'un barbier ! » Le barbier, sans hésiter, lui donna son fils. Il l'emmena et l'envoya étudier à la mosquée.

L'année d'après, il revint le voir : « Ami, lui dit-il, je suis toujours malade et l'on prétend que pour guérir, il me faut le foie de ta fille ! » Le barbier lui donna sa fille qu'il emmena pour la faire entier, elle aussi, à la mosquée.

L'année suivante, il retourna chez son bon ami le barbier qui venait d'être père d'un autre garçon : « C'est le foie de ton dernier-né, dit-on, qui seul peut me guérir ! » Le barbier lui donna son dernier enfant. L'étranger le conduisit à la mosquée où, sans les connaître, l'enfant étudia à côté de son frère et de sa sœur. Quant au barbier, il s'était imaginé que son bon ami, pour se guérir, s'était nourri du foie de ses enfants.

Il s'écoula un certain temps, un an, peut-être davantage, puis un beau jour l'étranger chargea des bêtes de blé, d'orge et de beurre, fit monter les deux garçons chacun sur un cheval, la fillette sur une mule ; il monta lui-même sur son cheval, et la petite caravane prit le chemin de la maison du barbier devant laquelle elle s'arrêta. Le barbier sortit, échangea des compliments avec son ami et dit :

« Et ces enfants-là, où vont-ils ?

— Mais ce sont tes enfants, ceux que tu m'as donnés et que je te ramène. J'ai voulu éprouver ton amitié et savoir si tu étais reconnaissant des services que je t'ai rendus. À présent nous sommes frères et non plus amis ! »

N'est-ce pas ainsi que doivent se comporter les gens de bonne famille ?

fin

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